La chute (Camus) (05/09/2019)
par François Mangin-Sintes
La Chute est le récit le plus personnel d'Albert Camus. A l'origine, il devait s'inscrire comme texte d'ouverture pour le recueil de nouvelles, l'Exil et le Royaume, paru un an après. Mais le texte prit de l'importance et l'écrivain décida de le publier en un volume en 1956. La Chute est le récit qui pose le problème de la culpabilité, de l'inaction et de ses conséquences. Jean-Baptiste Clamence est un bourgeois d'une quarantaine d'années qui vit à Paris, avocat de son état, comblé par la vie. Un soir de promenade sur les bords de Seine, il assiste impuissant au suicide d'une jeune femme. Il ne lui porte pas secours et son apathie va bouleverser sa vie. La chute renvoie concrètement à «la chute d'un corps qui s'abat dans l'eau». Mais par ricochet, elle entraîne celle de Clamence qui désormais vivra dans le remords et viendra s'échouer dans les bas-fonds brumeux et humides d'Amsterdam. Le cri ultime prononcé par la victime va se métamorphoser en un long monologue que Clamence adresse à un interlocuteur rencontré par hasard dans un bar de nuit. Muet mais attentif et fasciné, il est pris dans un flux de paroles duquel il ne peux s'échapper, entraînant avec lui le lecteur qui finira par le remplacer ou devenir son double. Jean-Baptiste Clamence ne se supporte plus, il est emmuré dans le remords, le sentiment de culpabilité ne le quittera plus. Cette chute intérieure est vécue comme un cauchemar, comme une maladie de la conscience qu'aucun remède ne pourra jamais soulager. Ne pouvant supporter d'être jugé, il fait son propre portrait afin de se donner le droit de juger ses contemporains. Devenu juge-pénitent, il finit par tendre au lecteur le miroir dans lequel il se regarde et il témoigne du crime de tous les autres. Tous coupables, la faute demeure sans la grâce qui l'effaçait. L'homme moderne semble avoir perdu toute notion de justice et de responsabilité. Dans sa quête d'absolu, il est capable d'imaginer le salut mais incapable de faire le saut pour l'atteindre. La blancheur de la neige qui tombe à gros flocons sur Amsterdam à la fin du livre symbolise la pureté et annonce une lueur d'espoir en montrant un autre Camus plus humain que jamais qui s'adresse au lecteur du début à la fin en faisant de la philosophie avec des images.
François Mangin-Sintès
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